Nord - Sud : deux poids,deux mesures

Par: José Gómez Cerda

Secrétaire Général FEMTAA

Coordinator ACMOTI

jose.gomezc@verizon.net.do

 Ces dernières années, on a assisté à une accélération graduelle de l'activité économique mondiale. A la faveur de celle-ci, beaucoup de pays ont amélioré leur croissance  économique. La situation est très variable dans le secteur agricole, mais les pays du Sud doivent produire plus, à bas prix, et acheter toujours plus cher les produits du Nord, ce qui déséquilibre leur balance commerciale.

Dans la plupart des pays industrialisés, l'agriculture est subventionnée ou subsidiée. C'est un avantage et un privilège, dont ne bénéficient pas les pays pauvres soumis aux Programmes d'ajustement structurel, priés de libéraliser leurs économies (douanes notamment) et de se passer de l'intervention de leurs gouvernements dans les questions de commerce international.

Celui-ci devient un instrument d'absorption des matières premières et d'attraction de capitaux. En outre, la dette extérieure des pays du Sud, qui s'élève approximativement à2.150 milliards de dollars, est à la charge du secteur agricole dans la majorité des pays débiteurs: il faut exporter pour obtenir des devises fortes.

Des règles strictes qui ne s'imposent pourtant pas dans le Nord. Dernier exemple en date: il y a quelques mois, le gouvernement des Etats-Unis a approuvé le «Freedom to Farm Act» (loi pour la liberté agraire) pour protéger le marché nord-américain. Cette loi a changé le système de subvention agricole: totale liberté de semailles et de production, prix globaux fixes, etc. D'ici 2.002, le gouvernement y contribue à hauteur de 48,5 milliards de dollars. Cette subvention sera l’arme d'une nouvelle politique de conquête des marchés mondiaux de l'alimentation. L'objectif? Augmenter les exportations de 50% annuels. Pour l'année 1997, les bénéfices commerciaux attendus devraient atteindre la somme de 30,5 milliards de dollars, pour une production équivalente à 60 milliards de dollars.

Pour sa part, M. Franz Fischer, le Commissaire pour l'Agriculture de l'union européenne, qui gère plus de 50% du budget de 1'UE, a déclaré que l'Europe n'accepterait pas la libéralisation de tout son marché, et qu'elle n'abandonnerait pas le système des subventions agricoles.  Par contraste, le secteur agricole des pays du Sud semble bien mal loti.

Des conditions déplorables

Quand vous consommez quelque aliment, quand vous buvez un thé, un café, un chocolat ou n'importe quel produit des plantations, vous n'imaginez pas quelles sont les conditions de vie et de travail des hommes et femmes qui rendent possible cette production.

C'est dans le secteur agricole que se produisent la majorité des accidents de travail, que les salaires sont les plus bas, que la protection et la sécurité sociale font le plus défaut; en outre, c'est dans ce secteur que l'on dénombre le plus de persécution et d'assassinats de dirigeants syndicaux. Ces cinq dernières années pour la seule Amérique Latine, 1.345 dirigeants syndicaux agricoles ont été assassinés, en particulier au Brésil, en Colombie et au Guatemala .

· Le travail des enfants et des femmes est très fréquent dans le secteur agro-alimentaire, et il se déroule dans des conditions fort défavorables. La majorité des Codes de Travail dans le tiers monde concernent en effet les conditions de travail dans le secteur urbain. De plus, il n'y a pas d'inspecteurs pour vérifier les conditions de travail dans le secteur agricole.

Les entreprises multinationales cherchent des producteurs agricoles pour assurer leur approvisionnement en matières premières. Si le marché international connaît des problèmes (comme c'est arrivé quand l'union européenne a limité l'importation de bananes), les multinationales rompent leurs contrats avec les petits producteurs du Sud qui en feront les frais: des milliers d'emplois ont ainsi été perdus dans l'industrie bananière . De plus, ces producteurs n'ont pas la possibilité d'être entendus devant les instances internationales, au contraire des multinationales.

Les petits producteurs sont à l'origine de beaucoup de produits agro - industriels, mais ils manquent de crédits. bancaires, de technologies et de connaissances commerciales. Même organisés en syndicats, coopératives et associations économiques, ils manquent de protection gouvernementale et privée ils sont souvent sans défense face aux entreprises multinationales et aux organismes financiers internationaux qui leur dictent leurs conditions.

Les Etats-Unis ont pratiquement éliminé les importations de canne à sucre, ils l'ont substituée par du sirop de maïs produit avec des organismes génétiquement modifiés (OGM), plus rentables. Ce faisant, ils ont enfoncé beaucoup d'économies des pays pauvres. Le même phénomène s'est reproduit quand l'Europe a substitué le cacao comme matière première du chocolat par une graisse végétale.

Il est temps de reconnaître que le rôle du travailleur agricole, non en tant que marchandise, mais en tant que sujet de l'économie, de même que celui des syndicats, coopératives et associations, pour qu'il participe au commerce agro-alimentaire. Actuellement, la situation est de plus en plus défavorable, mais il existe des mécanismes qui permettent de surmonter les inégalités existantes sur le marché international.

José Gómez Cerda

* Secrétaire Général de la Fédération Mondiale des Travailleurs de I'Agricul-turc et de l'Alimentation (FEMTAA).

16     Défis-Sud - n029

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