CONDITIONS DE VIE ET DE TRAVAIL DANS
L’AGRICULTURE
José Gómez Gómez
ACMOTI. jose.gomezc@verizon.net.do
Certains
facteurs des conditions de vie et de travail limitent la capacité des
travailleurs à relever leur productivité.
Ainsi,
dans la plupart des pays, les droits et libertés des travailleurs agricoles
sont constamment bafoués, plus souvent que ceux des travailleurs urbains. La
raison fondamentale en est que le secteur agricole est moins pourvu de moyens de
communication que les grandes villes, de sorte que l’impact des conflits du
travail est moindre dans l’opinion publique.
De
fait, on ne connaît les conditions de vie et de travail de la campagne que lors
de grands événements, tels que les délogements, les invasions de terres, les
mobilisations des travailleurs agricoles, l’emprisonnement ou l’assassinat
de dirigeants syndicaux ou sociaux.
Il
est vrai que les conditions de vie et de travail sont très différentes dans la
campagne par rapport à la ville. Les moyens de communications (téléphone,
radio, télévision, presse, etc.) font défaut et les distances sont généralement
très grandes, entre l’environnement familial et les études ou le travail.
Dans
le monde agricole, les facilités de réunion de la ville n’existent pas ;
les gens vivent séparés et on considère souvent qu’ils sont peu nombreux,
justement en raison de cet isolement.
Les
horaires de travail sont différents également, de même que l’effort
musculaire que doivent fournir les paysans. Souvent, ceux-ci travaillent
d’ailleurs sans protection sous la pluie, dans le grand vent et les tempêtes.
Les
caractéristiques des conditions de vie et de travail dans la campagnes sont les
suivantes :
a)
LOGEMENT FAMILIAL
Les
travailleurs agricoles sont souvent logés dans des baraquements, où ils vivent
à l’étroit avec leur famille, sans les services essentiels d’eau potable
et d’électricité.
Les
logements à la campagne sont bâtis avec des matériaux très artisanaux, sont
assez petits et leur ventilation est assez limitée.
Les
installations destinées à la cuisine, à la lessive, à la réserve
alimentaire, à l’approvisionnement en eau et sanitaires sont souvent très réduites,
par rapport au nombre de personnes partageant le logement rural.
Dans
d’autres cas, certains employeurs louent des logements aux travailleurs,
souvent à des prix plus élevés que la normale.
b)
TRANSPORT
Les
travailleurs agricoles sont généralement forcés de marcher des kilomètres
durant pour se rendre sur leur lieu de travail, faute de transport approprié.
En outre, les transports existants sont chers comparativement à leur salaire.
Dans
d’autres cas, les travailleurs agricoles se regroupent très tôt le matin,
pour être transportés vers leur lieu de travail, souvent très éloigné. Ce
genre de transport se fait dans des conditions qu’il faut dénoncer, de par le
traitement inhumain qu’on réserve à ces travailleurs, pire que celui donné
aux animaux.
Les
articles 85 à 88 de la Convention 110 de l’OIT stipulent les normes minimales
de logement des travailleurs dans les plantations, mais cette Convention est
bien souvent violée dans de nombreux pays.
c)
TRAVAIL DES ENFANTS
Des
millions d’enfants de 8 à 14 ans travaillent dans les plantations, en
violation flagrante des conventions internationales.
Quelque
77% des enfants qui travaillent dans le secteur agricole ont moins de 15 ans.
Souvent, ils commencent à travailler dès l’âge de 7 ou 8 ans, dans de dures
conditions. L’Organisation internationale du travail (OIT) a adopté la
Convention 10, en 1921, sur l’âge minimal des travailleurs du secteur de
l’agriculture. Cette Convention stipule, textuellement que :
« Les
enfants de moins de quatorze ans ne pourront être employés ou travailler dans
les entreprises agricoles publiques ou privées ou dans leurs dépendances
qu’en dehors des heures fixées pour l’enseignement scolaire, et ce travail,
s’il a lieu, doit être tel qu’il ne puisse nuire à leur assiduité à l’école. »
Mais
dans la plupart des pays du Tiers-Monde, la Convention est sans cesse violée.
Les conditions objectives ne sont généralement pas réunies pour que tous les
enfants vivant dans les zones rurales puissent assister à l’école, soit par
manque de salles de classe, d’enseignants ou de matériel didactique, soit
parce que les parents ont des besoins à couvrir, de sorte que les revenus générés
par le travail des enfants constituent un appoint économique important pour les
familles.
Une
nouvelle Convention OIT (182) a été récemment adoptée sur l’éradication
des pires formes d’exploitation des enfants dans le monde du travail.
Toutefois, peu sont encore les pays ayant ratifié ce nouveau texte.
L’an
dernier s’est déroulée une marche mondiale d’enfants, pour revendiquer de
meilleures conditions de vie et contre l’exploitation dont les enfants font
l’objet dans de nombreuses régions du monde.
d)
FEMMES TRAVAILLEUSES
Les
femmes sont employées au travail de production, mais avec des salaires très
bas et peu de protection familiale et sociale.
Dans
les zones agricoles, les femmes connaissent des salaires et des conditions bien
inférieures aux hommes, même s’il existe des conventions consacrant le
principe du salaire égal à travail égal. Mais ces accords sont bafoués dans
la plupart des pays, au détriment des femmes travailleuses.
e)
INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE
L’insécurité
alimentaire constitue le principal facteur de pauvreté et de marginalité de la
plupart des agriculteurs du Tiers-Monde.
Les
principaux produits agricoles sont contrôlés par des sociétés
multinationales qui exportent le meilleur des pays pauvres vers les pays
industrialisés. Ceci vient s’ajouter aux sérieuses limitations et à la
pauvreté dont souffrent les travailleurs agricoles, et provoque la pénurie
d’aliments essentiels pour la consommation locale.
Les
exportations de produits agricoles ne font que bénéficier les grandes sociétés
multinationales et les gouvernements qui touchent les impôts. Les paysans,
quant à eux, sont dépourvus des biens élémentaires pour leur développement
humain, essentiellement dans le domaine de l’alimentation.
f)
INÉGALITÉS
Les
pays riches n’ont pas une grande population agricole. Toutefois, ils
produisent énormément, grâce aux pas de géant de la science et de la
technologie. En outre, la plupart de ces pays subventionnent leur production
agricole, alors que dans les pays pauvres, les travailleurs agricoles dépendent
en majorité d’un salaire peu élevé, disposent de peu de terre productive
(la plupart des bonnes terres appartiennent aux multinationales) et ne jouissent
pas d’une protection sociale.
Si
à peine 23% de la population mondiale vit dans le nord (pays riches), 86% du
total des revenus mondiaux leur reviennent.
En
Afrique, 61% de la population économiquement active (160 millions de personnes)
travaillent dans le secteur agricole. En Asie, la proportion est de 57,9%, mais
elle représente 890 millions d’asiatiques qui se consacrent à
l’agriculture.
Les
pourcentages de la population active du Tiers-Monde employée à l’agriculture
sont très élevés. En Afrique, la population rurale peut atteindre les
pourcentages ci-après : 90,7% au Ruanda, 90% au Burundi, 85% au Niger, 84%
au Burkina Faso et 80% au Mozambique. Pour l’Asie, les chiffres donnent :
au Népal, 91% de la population active travaille dans l’agriculture ; 70%
au Laos, 67% en Inde et 65% en Chine (ces deux derniers pays se partageant 33%
de la population mondiale). En Amérique latine, Haïti a 61% de sa population
dans les zones rurales ; 53% au Honduras et 50% au Guatemala.
Ces
chiffres démontrent que les pays du Tiers-Monde sont éminemment agricoles, et
qu’ils le resteront pour de nombreuses années encore.
g)
SALAIRES À LA CAMPAGNE
Selon
des données publiées par l’OIT, les salaires des travailleurs agricoles ont
diminué de 40% dans la dernière décennie ; 18% des travailleurs
maintenaient leur salaire au même niveau, alors que le coût de la vie des
zones agricoles et rurales augmentait de plus de 25%.
Dans
la majorité des pays, les conditions d’emploi, de salaires et de travail du
secteur agricole sont régies par les lois générales du travail, applicables
à tous les travailleurs. Rares sont les pays dotés de dispositions législatives
spécifiques pour les travailleurs agricoles. Néanmoins, les lois générales
du travail sont quand même violées dans les secteur ruraux. De plus, les
inspecteurs du travail ne sont pas assez nombreux pour superviser
l’application des normes sur l’emploi et le travail dans les entreprises
agricoles.
À
certains endroits, les employeurs paient une partie du salaire en espèces ;
ou alors ils ouvrent des épiceries ou petits marchés pour vendre leurs
produits aux travailleurs, à des prix très élevés, ce qui réduit encore
davantage le pouvoir d’achat inhérent aux salaires payés.
Les
salaires minimum agricoles sont aussi en général plus bas que les salaires en
vigueur dans les zones industrielles et urbaines. Mais le coût de la vie, vu la
pénurie des produits, est plus élevé dans les zones rurales.
h)
COMMUNAUTÉS INDIGÈNES
En
Amérique latine, les communautés indigènes sont très actives dans la remise
en question du modèle politique, économique et social dominant.
En
janvier 2000, le soulèvement indigène à Quito (Équateur) a d’ailleurs
obligé le gouvernement à démissionner, même si les indigènes ont été
trompés par la suite. En 1999, c’étaient les indigènes « Mapuches »
du Chili qui se révoltaient, et en janvier 1994, l’insurrection « zapatiste »
réveillait le Mexique. Au Guatemala, l’indigène Rigoberta Menchú dénonce
les agissements des militaires des régimes précédents, apparemment soutenus
par l’actuel gouvernement de ce pays. Tous ces événements sont des jalons
historiques du mouvement social le plus marqué de l’Amérique latine de ces
dernières décennies. Tous ont rapport avec les intérêts du secteur agricole.
Les
communautés indigènes, en particulier dans le secteur rural, constituent une
force vive en matière de dénonciations des violations de leurs libertés et de
leurs conditions de vie et de travail.
José Gómez Gómez